Introduction
Au moment de liquider son plan d'épargne retraite, une question domine toutes les autres : faut-il récupérer son épargne en capital, en rente viagère, ou combiner les deux ? Ce choix engage votre fiscalité, vos revenus et votre capacité de transmission sur deux à trois décennies. Il n'existe pas de réponse universelle : la bonne option dépend de votre situation, et la fiscalité 2026 a rebattu certaines cartes.
Rente ou capital : que permet la sortie du PER ?
Depuis la loi PACTE (article L224-5 du Code monétaire et financier), le titulaire d'un PER individuel est libre de choisir : sortie en capital (en une fois ou fractionnée), sortie en rente viagère (un revenu versé jusqu'au décès), ou panachage des deux. Cette liberté est récente. Les anciens dispositifs (PERP, contrats Madelin, article 83) imposaient le plus souvent une sortie en rente obligatoire. Le PER a levé cette contrainte pour les versements volontaires et l'épargne salariale. Seuls les versements obligatoires restent liquidables uniquement en rente.
La sortie en capital du PER : fonctionnement et fiscalité
Récupérer son PER en capital donne la maîtrise totale des fonds : financer un projet, aider ses proches, transmettre. Sa fiscalité dépend d'un choix fait des années plus tôt, avoir déduit ou non ses versements du revenu imposable à l'entrée.
Versements déduits : barème de l'impôt sur le revenu et PFU sur les gains
C'est le cas le plus fréquent. La sortie en capital se décompose alors en deux parts. La part correspondant aux versements est imposée au barème progressif de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des pensions, sans l'abattement de 10 % (réservé à la rente) et sans prélèvements sociaux. La part correspondant aux gains est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026. Ce point mérite l'attention : jusqu'en 2025, ce PFU s'élevait à 30 %.
Versements non déduits : le capital sort en franchise d'impôt
Si vous avez renoncé à la déduction à l'entrée, un choix pertinent pour les contribuables faiblement imposés, la logique s'inverse à la sortie. La part correspondant aux versements est totalement exonérée d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Seuls les gains supportent le PFU de 31,4 %. L'arbitrage « déduire ou non » se paie donc à l'entrée et se récupère à la sortie.
Fractionner la sortie en capital pour éviter l'effet de tranche
Une sortie en capital en une seule fois peut faire bondir votre revenu imposable de l'année et vous propulser dans une tranche marginale supérieure. Le principal levier pour l'éviter : le fractionnement. Étaler les rachats sur plusieurs années lisse l'imposition de la part versements et limite l'effet de tranche. C'est souvent la différence entre une sortie en capital efficace et une sortie coûteuse.
La sortie en rente viagère du PER : fonctionnement et fiscalité
La rente viagère transforme votre épargne en un revenu régulier versé jusqu'à votre décès. Son intérêt premier est la protection contre le risque de longévité : vous ne pouvez pas épuiser votre capital de votre vivant. Là encore, la fiscalité dépend du traitement des versements à l'entrée.
Versements déduits : le régime des pensions de retraite
Quand la rente provient de versements déduits, elle est imposée comme une pension de retraite : elle s'ajoute à vos autres revenus, au barème progressif, après l'abattement automatique de 10 % (plafonné à 4 439 € par foyer fiscal en 2026). Sur la partie prélèvements sociaux, cette rente relève en principe du régime des revenus de remplacement, et non de celui des revenus du capital. Elle échappe donc à la hausse de 2026 qui a frappé le PFU. Ce traitement mérite d'être confirmé avec votre gestionnaire, la doctrine variant selon les contrats.
Versements non déduits : le régime des rentes viagères à titre onéreux
Si les versements n'ont pas été déduits, la rente relève des rentes viagères à titre onéreux. Seule une fraction de son montant est imposable, déterminée par votre âge au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % entre 50 et 59 ans, 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans. Cette fraction est ensuite soumise au barème et aux prélèvements sociaux. Ce régime avantage nettement les liquidations tardives : convertir sa rente à 70 ans plutôt qu'à 65 ans fait passer la part imposable de 40 % à 30 %.
Un revenu à vie, mais un capital qui disparaît au décès
Le revers de la rente est double. D'abord, sauf option de réversion (au profit du conjoint) ou d'annuités garanties, le capital est perdu au décès du crédirentier : il ne se transmet pas aux héritiers. Ensuite, le montant de la rente dépend d'une table de conversion. Depuis novembre 2024, les assureurs appliquent une table unisexe (TGHF05), qui a mécaniquement abaissé la rente des hommes d'environ 5 % et relevé celle des femmes d'environ 8 %. Le rendement réel de la rente se joue en grande partie sur ce paramètre.
Sortie en rente ou en capital : comment trancher selon votre situation ?
Trois critères orientent la décision. Le premier est votre tranche marginale d'imposition à la retraite : si elle est faible (0 % ou 11 %), une sortie en capital fractionnée coûte relativement peu ; si vos revenus restent élevés, la rente étale l'imposition et évite un pic. Le deuxième est la transmission : le capital se transmet, la rente non (sauf réversion). Le troisième est votre rapport au risque de longévité : la rente sécurise un revenu à vie, le capital vous en laisse la gestion, et le risque de le voir fondre. En pratique, la rente issue de versements non déduits, fiscalement allégée, séduit les profils qui recherchent avant tout un revenu garanti.
Peut-on combiner rente et capital à la sortie du PER ?
Oui, et c'est souvent le meilleur compromis, en particulier pour les patrimoines compris entre 100 000 € et 500 000 €. La sortie mixte consiste à récupérer une partie en capital (pour financer un projet, constituer une réserve ou préparer une transmission) et à convertir le reste en rente, afin de sécuriser un socle de revenus à vie. Chaque part suit alors sa propre fiscalité. Ce panachage réconcilie les deux logiques : maîtrise du capital d'un côté, sécurité du revenu de l'autre. Reste ensuite la question du choix entre PER et assurance-vie pour loger cette épargne, chaque enveloppe répondant à un objectif différent.
Ce qui change en 2026 pour la sortie du PER
Trois évolutions méritent d'être intégrées à votre réflexion. D'abord, le PFU sur les gains est passé de 30 % à 31,4 % (hausse des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %), ce qui alourdit la sortie en capital. Ensuite, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Enfin, seule mesure favorable, le report des plafonds de déduction non utilisés est étendu de trois à cinq ans. Sur les seuls gains, cet écart de 1,4 point favorise désormais l'assurance-vie ; mais pour un contribuable en tranche à 41 % ou 45 %, la déduction à l'entrée du PER écrase largement ce surcoût de sortie.
L'essentiel à retenir
Choisir entre une sortie du PER en rente ou en capital n'est pas un arbitrage technique isolé : c'est une décision de revenu, de fiscalité et de transmission qui se prépare idéalement dès l'ouverture du plan. Le capital offre la maîtrise et facilite la transmission, au prix d'un effet de tranche à maîtriser par le fractionnement. La rente sécurise un revenu à vie mais fait disparaître le capital au décès. Et la sortie mixte, dans bien des cas, reste le meilleur des deux mondes.
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