Introduction
En 2025, TotalEnergies a atteint son objectif climatique. Dans ce même rapport, le groupe écrit que limiter le réchauffement à 1,5°C est désormais "hors de portée". Ces deux phrases coexistent dans le même document, signé par les mêmes personnes. Personne ne s'en étonne.
Les chiffres.
Patrick Pouyanné a perçu environ 10 millions d'euros en 2025 — fixe, variable et actions de performance confondus. Ces chiffres sont publics, documentés dans le Document d'Enregistrement Universel 2025.
Une partie de ce variable est indexée sur les émissions de gaz à effet de serre. TotalEnergies le revendique comme un engagement de gouvernance climatique.
Le détail que les communiqués omettent : ce critère climatique pèse moins de 6% du variable total. Le reste dépend de la rentabilité des capitaux, du cash-flow, du point mort pétrolier.
Une tendance réelle, des effets limités
TotalEnergies n'est pas un cas isolé. En 2024, 92% des entreprises du SBF 120 intègrent des objectifs climatiques dans la rémunération de leurs dirigeants — une hausse de 12 points en deux ans, selon le Baromètre IFA/Ethics & Boards/Chapter Zero France.
Mais seuls 14% présentent des pratiques jugées suffisamment ambitieuses, mesurables et transparentes pour avoir un effet réel sur la stratégie. Et le paradoxe est saisissant : le groupe le plus transparent sur ce sujet reste TotalEnergies — qui n'est pourtant pas un champion du climat.
Être transparent sur un mécanisme insuffisant ne le rend pas efficace.
Le vrai problème : qui fixe les règles du jeu ?
En 2025, TotalEnergies a révisé son objectif d'émissions en cours d'année — de 38 à 37 Mt CO2e. L'objectif révisé a été atteint. Pouyanné a perçu le maximum sur ce critère.
L'indicateur est choisi par le groupe. Révisé par le groupe. Audité par le groupe.
Robert Ritz, chercheur à Cambridge, établit qu'un critère climatique doit peser au moins 10% de la rémunération variable pour influencer réellement les décisions d'un dirigeant dans ses travaux publiés dans la California Management Review (2022). Dans le SBF 120, ce poids moyen est de 7,1%. En deçà du seuil. Au-dessus des milliards d'euros d'investissements que ces décisions engagent.
Trois questions suffisent : qui choisit l'indicateur, qui l'audite, que se passe-t-il s'il n'est pas atteint ?
Ce que ça change pour votre épargnant
L'argent placé ne dort pas. Il finance des stratégies, des infrastructures, des modèles économiques. Si votre épargne est dans un fonds classique ou une assurance-vie non sélective, elle finance probablement TotalEnergies — première capitalisation boursière française, présente dans la quasi-totalité des indices de référence.
La question n'est pas "mon épargne est-elle verte ?" La question est : qui choisit l'indicateur qui le détermine ?
Un fonds labellisé ISR depuis la réforme de 2024 exclut désormais les entreprises lançant de nouveaux projets d'exploration d'hydrocarbures. C'est un premier filtre concret — pas une garantie, un point de départ.
FAQ — Questions fréquentes sur la rémunération des dirigeants et le climat
1. Le salaire du PDG de TotalEnergies est-il vraiment lié au climat ?
Oui. Officiellement. Une partie de la rémunération variable de Patrick Pouyanné est indexée sur les émissions de gaz à effet de serre des installations opérées par le groupe. Mais ce critère climatique représente moins de 6% du variable total. Le reste dépend de performances financières : rentabilité des capitaux, cash-flow, point mort pétrolier. Ces chiffres sont publics et documentés dans le Document d'Enregistrement Universel 2025 de TotalEnergies.
2. Combien gagne le PDG de TotalEnergies en 2025 ?
Patrick Pouyanné a perçu plus de 4 millions d'euros en cash en 2025 — fixe et variable confondus — auxquels s'ajoutent des actions de performance, portant son package total valorisé à environ 10 millions d'euros.
3. Est-ce que lier la rémunération des dirigeants au climat change vraiment leur comportement ?
Les études académiques et les données sectorielles montrent que l'effet est limité lorsque le poids du critère climatique est marginal. Selon le Baromètre IFA/Ethics & Boards 2024, 92% des entreprises du SBF 120 intègrent des objectifs climatiques dans la rémunération de leurs dirigeants — mais seuls 14% présentent des pratiques jugées suffisamment ambitieuses, mesurables et transparentes pour avoir un effet réel sur la stratégie de l'entreprise.
4. Qu'est-ce que le greenwashing dans la rémunération des dirigeants ?
On parle de greenwashing de rémunération lorsqu'une entreprise affiche des critères climatiques dans le package de ses dirigeants, mais que ces critères sont trop faibles, trop vagues, non auditables indépendamment, ou définis et révisés par l'entreprise elle-même. Le résultat : l'apparence de l'engagement sans en produire les effets. Le cas TotalEnergies — objectif climatique abaissé en cours d'année, puis atteint, pendant que le groupe écrit que le 1,5°C est "hors de portée" — illustre ce mécanisme.
5. Qu'est-ce que la gouvernance climatique d'une entreprise ?
La gouvernance climatique désigne l'ensemble des mécanismes par lesquels une entreprise intègre les enjeux climatiques dans ses décisions stratégiques — objectifs de réduction d'émissions, indicateurs de performance, rémunération des dirigeants, audit indépendant, reporting public. Une bonne gouvernance climatique se mesure non pas à ce qu'une entreprise déclare, mais à qui fixe les règles, qui les audite, et ce qui se passe quand les objectifs ne sont pas atteints.
6. Mon épargne finance-t-elle des entreprises comme TotalEnergies ?
Probablement — si votre épargne est placée dans des fonds classiques ou des assurances-vie non sélectives. TotalEnergies fait partie des plus grandes capitalisations boursières françaises et est présent dans la majorité des indices de référence. Pour savoir ce que finance réellement votre épargne, il faut aller au-delà du label et regarder la composition réelle des fonds, les critères d'exclusion appliqués, et la transparence sur les impacts financés.
7. Comment choisir une épargne vraiment alignée avec le climat ?
Trois questions à poser avant d'investir : les critères d'exclusion sont-ils clairs et vérifiables ? Qui audite les performances extra-financières des fonds ? La composition du portefeuille est-elle accessible et lisible ? Un fonds labellisé ISR depuis la réforme de 2024 exclut désormais les entreprises lançant de nouveaux projets d'exploration ou d'exploitation d'hydrocarbures — ce qui représente un premier filtre concret.
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