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Scope 1, 2, 3 : comprendre les émissions carbone d'une entreprise en trois niveaux

Switche | Mise à Jour le 29/05/2026 | 8 minutes de lecture

Switche

Expert en investissement responsable

Scope 1, 2, 3 : comprendre les émissions carbone d'une entreprise en trois niveaux

Intoduction

 

Quand une entreprise annonce vouloir atteindre le net zéro, la question qui suit devrait être systématique : de quelles émissions parle-t-on exactement ? La réponse tient en trois mots : scope 1, scope 2, scope 3. Ces trois catégories, issues du Greenhouse Gas Protocol — le standard international de comptabilité carbone —, découpent l'empreinte carbone d'une organisation de façon rigoureuse. Décryptage.

 

 

 

 

Quelle est la différence entre scope 1, 2 et 3 ?

 

La logique des trois scopes repose sur une question simple : qui contrôle la source d'émission ? Plus on s'éloigne du périmètre direct de l'entreprise, plus on monte en numéro de scope. Et plus le scope est élevé, plus les émissions sont massives, et difficiles à réduire.

 

 

Scope 1 : les émissions directes

 

Le scope 1 regroupe toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites directement par l'entreprise. Ce sont les cheminées d'usine, les chaudières au fioul, les véhicules de la flotte d'entreprise, les fuites de gaz réfrigérants. En d'autres termes : tout ce qui brûle ou s'échappe dans les installations que l'entreprise possède ou contrôle.

 

Exemple concret : une cimenterie qui brûle du charbon pour cuire le calcaire émet des GES en scope 1. Une PME dont les commerciaux roulent en diesel aussi, à plus petite échelle.

 

 

Scope 2 : les émissions indirectes liées à l'énergie

 

Le scope 2 couvre les émissions générées par la production de l'électricité, de la chaleur ou de la vapeur achetée par l'entreprise. Elle ne les produit pas elle-même, mais elle en est l'origine indirecte : sans sa consommation, ces émissions n'auraient pas eu lieu.

 

Exemple concret : un data center qui consomme des gigawattheures d'électricité. Si cette électricité provient d'une centrale à gaz, les émissions associées s'inscrivent en scope 2. Si elle vient d'éolien certifié, l'empreinte scope 2 chute drastiquement, d'où l'importance des garanties d'origine.

 

 

Scope 3 : les émissions de la chaîne de valeur

 

Le scope 3 est de loin le plus vaste. Il englobe toutes les émissions indirectes qui ne relèvent pas du scope 2 : celles des fournisseurs en amont, et celles générées par l'usage des produits ou leur fin de vie en aval.

 

Il se décompose en 15 catégories standardisées par le GHG Protocol, parmi lesquelles : achats de biens et services, transport des marchandises, déplacements professionnels des salariés, utilisation des produits vendus, traitement en fin de vie.

 

Pour la plupart des entreprises, le scope 3 représente entre 70 % et 90 % de l'empreinte carbone totale. C'est là que se joue l'essentiel de la décarbonation.

 

 

 

 

Pourquoi le scope 3 est-il si difficile à mesurer ?

 

La difficulté du scope 3 est structurelle : l'entreprise doit estimer des émissions qu'elle ne génère pas elle-même, dans des périmètres qu'elle ne contrôle pas, avec des données qu'elle ne détient pas toujours.

 

 

Une dépendance aux données fournisseurs

 

Pour calculer ses émissions amont, une entreprise doit connaître l'empreinte carbone de chaque composant ou service qu'elle achète. Cela suppose que ses fournisseurs mesurent et transmettent leurs propres données GES, ce qui est loin d'être systématique, notamment pour les PME non soumises au reporting obligatoire.

 

En pratique, beaucoup d'entreprises recourent à des facteurs d'émission moyens sectoriels, qui donnent une estimation acceptable mais imprécise. La qualité du bilan carbone dépend directement de la granularité des données collectées.

 

 

L'usage des produits : une inconnue par définition

 

Les émissions liées à l'utilisation des produits vendus (catégorie 11 du scope 3) posent un problème méthodologique : comment mesurer ce que font les clients avec ce qu'ils ont acheté ? Un constructeur automobile doit estimer les kilomètres parcourus par ses véhicules sur leur durée de vie. Un fabricant d'électroménager, la consommation d'énergie de ses appareils sur 10 ans.

 

Ces estimations reposent sur des hypothèses d'usage moyen, par définition imparfaites, mais obligatoires pour toute trajectoire de décarbonation crédible.

 

 

 

 

Comment une entreprise réduit-elle ses émissions scope 3 ?

 

Réduire le scope 3 est un exercice de levier indirect. L'entreprise ne peut pas agir directement sur les émissions de ses fournisseurs ou de ses clients, mais elle peut influencer les comportements et les choix à travers plusieurs mécanismes.

 

 

Côté amont : transformer la chaîne d'approvisionnement

 

Les leviers d'action sur le scope 3 amont passent par la sélection et l'accompagnement des fournisseurs. Des entreprises comme Schneider Electric ou L'Oréal ont formalisé des programmes de décarbonation fournisseurs, avec des objectifs contractuels et des audits réguliers. C'est l'engagement actionnarial appliqué à la supply chain.

 

       Prioriser les fournisseurs engagés dans une trajectoire Science Based Targets (SBTi)

       Intégrer des critères carbone dans les appels d'offres

       Substituer des matières premières carbon-intensives par des alternatives bas-carbone

 

Côté aval : réduire l'empreinte usage

 

Les émissions liées à l'usage des produits se réduisent en repensant le produit lui-même. Améliorer l'efficacité énergétique d'un appareil, proposer des modes de réparation plutôt que de remplacement, ou encore faciliter le recyclage en fin de vie : autant de leviers qui pèsent directement sur les émissions scope 3 aval.

 

       Écoconception : réduire la consommation d'énergie à l'usage

       Offres de reprise et recyclage pour contrôler la fin de vie

       Développer des modèles économiques d'usage plutôt que de propriété

 

 

 

 

Scope 1, 2, 3 : pourquoi cette distinction compte pour les investisseurs

 

Depuis l'entrée en vigueur de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), les grandes entreprises européennes sont tenues de publier leurs émissions des trois scopes dans leur rapport de durabilité. Ce reporting devient une donnée financièrement matérielle : les agences de notation extra-financière, les investisseurs institutionnels et les banques l'utilisent pour évaluer le risque de transition climatique d'un portefeuille.

 

Un scope 3 mal maîtrisé expose l'entreprise à un risque d'actifs échoués : des équipements ou des modèles économiques qui perdent leur valeur à mesure que la réglementation carbone se durcit. À l'inverse, une entreprise qui pilote activement ses trois scopes affiche une trajectoire de décarbonation crédible, qui réduit son coût du capital et renforce son attractivité auprès des fonds article 9 du règlement SFDR.

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